Écrire pour les autres

On écrit pour être lu. On peut écrire pour se défouler, pour se vider d’un poids, pour se libérer d’un mal, mais ce n’est jamais une raison première, et encore moins une raison noble. 

Nous avons besoin de lecteurs, nous avons besoin de leurs retours et, même si cela s’avère déplaisant, car aliénant, nous avons besoin de leur validation pour continuer à écrire à travers le même feu qui nous a stimulé au départ. Nous écrivons pour transmettre, par nature nous le faisons pour les autres. 

Le problème, c’est que nous l’oublions. Nous nous perdons en nous-même, immergés dans nos certitudes sensibles. Pis, nous en venons même à nous demander pourquoi nous devrions écrire pour les autres avant d’écrire pour nous-même. 

Je vous propose donc trois raisons, trois bonnes raisons, d’écrire pour les autres et, vous le verrez, c’est mieux pour vous !

 

Raison n°1. Vous allez mieux écrire 

Par « mieux », j’entends que vous allez être plus attentif. En pensant à votre lecteur, vous allez faire plus attention au vocabulaire, au rythme, à l’espacement, et surtout, au sens de l’immersion. 

Plus vous faites preuve d’empathie, mieux on vous suit. Plus vous pensez au confort de lecture de votre public, mieux vous le captivez. 

L’inverse est souvent…enquiquinant. Vous l’avez probablement déjà vécu au quotidien, en recevant, par exemple, un e-mail très mal écrit. Mal écrit car tout d’un bloc, sans espaces, imprécis, brouillon, fouillis et plein de fautes. Une simple relecture aurait suffi à l’expéditeur de corriger le tir mais, voilà, il ne l’a pas fait, car il s’en fiche royalement. Il ne vous imagine pas en train de le lire, son fameux mail. Il l’écrit et c’est tout.

Le degré d’empathie joue sur la qualité de votre texte, dans le bon comme dans le mauvais. Et, mieux écrire, c’est bon pour vous aussi. Car mieux on écrit, mieux on est compris…

 

 Raison n°2. Vous serez mieux compris 

Rien de plus frustrant que  d’écrire quelque-chose que personne ne comprend. Car d’abord on comprend, ensuite on ressent, enfin on s’imprègne.  

Ce que vous avez en tête n’est pas forcément clair. C’est normal et naturel, il faut faire un effort pour   être entendu, pour adapter votre pensée à une expression commune. Pour être compris, vous devez vous répéter, réécrire ce que vous avez déjà écrit. En d’autres termes, vous devez vous adapter à votre lecteur. 

C’est extrêmement difficile, j’en conviens. Non seulement vous ne connaissez pas votre lecteur car il est multiple, avec un degré de sensibilité et de compréhension toujours différent, et vous ne voulez pas non plus vous adapter à une norme molle, sans saveur et indicible, consistant à écrire pour tout le monde, c’est à dire pour personne.  

Il n’y a pas de formule miracle, juste une exigence : être clair. Pour cela, développez votre idée, développez votre description si celle-ci mérite d’être approfondie, développez le trait de caractère qui vous paraît important. Ne restez pas centré sur vous-même, essayez le plus possible de penser à ceux qui vous lisent. 

 

Raison n°3. Vous allez mieux vous comprendre, vous.

L’œil est un miroir comme l’écrivait Maxence Van der Meersch dans son excellent roman Car ils ne savent ce qu’ils font, c’est à travers le regard de l’autre qu’on s’observe le mieux. Il faut nous méfier de nous-même, nous analyser d’avantage pour mieux nous connaître.

Plus vous vous déposséderez de vous-même, au service de ce que vous écrivez, pour ceux envers qui vous écrivez, et plus vous en apprendrez sur vous-même, plus vous-vous découvrirez. 

Il ne faut pas écrire par orgueil, pour contenter son amour propre. Il faut au contraire se débarrasser de  « ce moi, cupide et égoïste, qui parle à voix si basse et si claire à la fois au fond de notre cœur », pour reprendre le même auteur. Nous devons nous efforcer d’écrire pour transmettre, afin d’extirper les racines de l’égoïsme, jusque dans nos meilleures intentions. 

La meilleure raison de se connaître, c’est de le faire pour les autres. Ce sont les autres qui font vivre un écrit, qui ressentent ce qu’on y a senti, qui écoutent, qui vivent et qui pensent ce qui nous a traversé. Car la vérité n’est rien d’autre qu’une âme partagée. Et dans l’effort du cœur, l’intelligence se dépasse. 

 

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